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mardi, octobre 23, 2007

Enquête sur les émeutes bruxelloises d'extrême droite turque

Ce mercredi (24/10/07), la deuxième manifestation "spontanée" de jeunes sympathisants d'extrême droite a été largement suivie par les médias et les services de police. Bilan : 94 arrestations dont 8 manifestants mis à la disposition du parquet, plusieurs personnes blessées, des actes de vandalisme contre les transports (tram 92 et bus 61) et les abris publics.

Vu que le premier jour des émeutes (dimanche 21/10/07) j'avais été pris à partie, j'ai donc préféré rester un peu à l'écart de ce genre d'organisation qui ne m'apparaisse pas du tout "spontané". En regardant les images filmées par une équipe de Télé Bruxelles, j'ai essayé de déchiffrer le modus operandi des jeunes manifestants (essentiellement bruxellois de 14 à 25 ans) : fétichisme du drapeau turc, messages SMS à la gloire du soldat turc, appels à l'aide pour "sauver la patrie", glorification des "martyrs", récitation de certains slogans coraniques, des slogans anti-PKK mais aussi anti-Kurdes.

Le plus important, à mes yeux, reste l'entretien et l'alimentation de cette propagande nationaliste sur le terrain bruxellois. Ainsi, autour de la Place Houwaert à Saint-Josse, plusieurs témoins m'ont expliqué avoir vu "une camionnette Mercedes avec des gens en costard faisant du porte à porte pour distribuer gratuitement des drapeaux turcs avec et sans l'effigie d'Atatürk et en rappelant la manifestation du lendemain à la Place Liedts à Schaerbeek". Une même campagne de distribution gratuite de drapeaux turcs a eu lieu autour de ladite place avant la manifestation illégale. Il est "conseillé" d'afficher en façade le drapeau turc en soutien aux soldats "martyrs" morts au combat à la frontière irakienne et je vois mal comment un commerçant ou un habitant turc ou d'origine turque à Bruxelles oserait refuser ce cadeau sans courir le risque d'être considéré comme "traître à la patrie" (vatan haini). J'ai retracé le réseau de fabrication, d'acheminement et de distribution de ces drapeaux avec l'éfigie d'Atatürk et il semblerait que les "mécènes" finançant ce type de cadeau soient le patron d'une boulangerie, le gérant d'une épicerie ainsi qu'un gérant de snack à Schaerbeek et Saint-Josse.

Interrogé par la télévision flamande (VRT), j'ai aussi expliqué comment le discours nationaliste était propagé par les sites internets turcophones de Belgique, les SMS, les radios communautaires ainsi que les élus belges d'origine turque. Pour donner un exemple flamand, j'ai traduit en direct la carte blanche de Nebahat Açar, collaboratrice au cabinet de la secrétaire d'Etat Brigitte Grouwels et conseillère communale CD&V élue sur la liste du bourgmestre socialiste d'Evere Rudy Vervoort. "Que dire aussi de ceux qui autorisent les partisans du PKK a défiler avec le poster d'Öcalan dans la capitale de l'Europe ? Et que penser aussi des télévisions publiques qui se rendent à la frontière irakienne pour donner la parole aux terroristes du PKK ? Comment peuvent-ils s'opposer à la République de Turquie, qui les soutient et les nourrit ? Les enfants de Kemal Atatürk, qui avait dit lors de la guerre d'indépendance "ou l'indépendance, ou la mort", ne cèderont pas une poignée de terre à ces minables. La patrie ne sera pas scindée, elle est indivisible, aucun citoyen turc n'autorisera cela. Ne pleurez pas mères et pères, le sang de nos soldats martyrs ne sèchera pas au sol. Nous sommes 85 millions de soldats. Quand il y en a un qui meurt, 1000 naissent par la suite. Nous sommes tous des soldats", concluent Nebahat Açar sur un site turcophone belge en présentant ses "condoléances à toute la Turquie".

Sur Vivacité-Bruxelles, j'ai donné un autre exemple de provocation avec dans le rôle de l'expert en financement des réseaux terroristes au Moyen-Orient, l'échevin schaerbeekois Saït Köse (MR) qui explique en turc ce dimanche (21/10/07) vers 18 heures sur les ondes de Radio Pasa à Bruxelles que "l’Amérique ne doit pas nous dire qu’elle ne sait rien, qu’elle n’aide pas, qu’elle ne finance pas et qu’elle ne soutient pas logistiquement le PKK. Tout est très clairement sur la place publique. (...) Si nos politiciens, au lieu de se quereller sur les batailles de sièges, avaient fait correctement des travaux de lobbying, il n’y aurait aujourd’hui aucune force politique sur terre capable de remettre à l’ordre du jour le prétendu génocide arménien. Encore une pure coïncidence, une sous-commission parlementaire américaine adopte une résolution sur le prétendu génocide arménien et au même moment, les mouvements du PKK s’intensifient à l’Est du pays. Si on rassemble tout cela, on constate la faiblesse de nos politiciens et on comprend très facilement comment ils [PKK] sont soutenus par des forces extérieures". Il serait douteux d'y voir immédiatement un lien de cause à effet mais quelques heures plus tard le drapeau américain était arraché par les jeunes sympathisants loups gris de l'ambassade des Etats-Unis à Bruxelles. Un peu comme le pompier-pyromane, Sait Köse prendra ensuite part à la conférence de presse du jeudi (15/10/07) organisée par les services de police et les bourgmestres de la zone 5 pour faire le bilan des émeutes devant la presse locale.

Revenons donc un instant sur les premières émeutes du dimanche (21/10/07). A travers les images GSM d'un jeune manifestant "Serhan1030" publiées sur YouTube, il est possible de suivre le parcours des manifestants le dimancher dernier. La première vidéo de "Serhan" montre l'épisode "devant l'ambassade americain, un pic ermeni veut cavaler!!!" "Pic ermeni" veut dire "batard arménien"en langue turque et les images montrent en fait le début de mon tabassage où même "Serhan" semble impressionné par les appels à mon arrestation ("Ouïe ! Que se passe-t-il ?") quand il entend la foule crier "Arrêtez-le...!".

D'autres images de "Serhan" montrent aussi que l'élu schaerbeekois du CDH, Halis Kökten, a donné clairement des consignes de lieux aux jeunes d'extrême droite lors de ce rassemblement illégal. Présent sur les lieux devant l'ambassade des Etats-Unis, j'avais pourtant vu le même élu schaerbeekois tenter de calmer les débordements.

Qui sont derrière ces jeunes manifestants ? Je ne le sais pas encore et après les premières émeutes, il faut déjà noter que pas un seul responsable n'a osé clairement condamner en turc les actes de vandalismes, le tabassage d'un journaliste et le saccage d'un café arménien. L'ambassadeur turc Fuat Tanlay a même envoyé un communiqué de presse assez surréaliste en appelant les jeunes à "ne pas céder à la provocation" alors qu'on avait plutôt l'impression que ce sont ces derniers qui semaient la terreur dans les rues de la capitale européenne.

L'un des principaux artisans néofascistes alimentant constamment la haine et le trouble public n'est autre que le correspondant du journal turc Hürriyet Yusuf Cinal, animateur sur Radio Anatolia (87.5 FM à Bruxelles) et gestionnaire du site internet YeniHaber.be. Célèbre publireporter négationniste et ultranationaliste turc, viré puis repêché par Hürriyet grâce au lobbying d'un homme d'affaires turco-bruxellois, ce personnage félicite régulièrement les jeunes pour avoir manifesté "l'esprit national" dans les rues de Bruxelles et va même jusqu'à rapporter (vrai ou faux?) les paroles des manifestants précisant que "nous avons donné un petit avertissement à Mehmet Koksal" qualifié de "prétendu journaliste indépendant" par Yusuf Cinal et que si "Mehmet Koksal ne change pas ses opinions pro-arménienne et pro-PKK, ce sera à lui de voir". Yusuf Cinal qui reçoit ce vendredi (26/10/07) le "ministre d'Etat" Emir Kir (PS) en studio où les deux hommes s'auto-congratulent tout en faisant part de leur analyse géopolitique sur les émeutes bruxelloises de l'extrême droite turque. J'espère que les propos tenus seront par le responsable politique seront traduits en langue française ou néerlandaise pour que je ne sois plus obligé de me taper tout ce boulot, non rémunéré, pour les médias belges.

Aujourd'hui, entre deux manifestations "spontanées", vous avez d'un côté la presse turque qui relate "la colère des jeunes turcs contre le PKK" (en évitant soigneusement les actes de vandalisme) et la presse belge (francophone et flamande) qui évoquent, de manière étonnée, "les émeutes turques contre les Kurdes à Bruxelles" (en amalgamant les Turcs aux sympathisants d'extrême droite et les Kurdes au PKK). Si vous suivez ce blog, vous devrez savoir qu'aucun des raccourcis n'est valable pour décrire la situation actuelle dans les quartiers bruxellois.

mercredi, novembre 29, 2006

Un menteur dit-il la vérité quand il accuse un autre menteur de mensonge ?

Fausse interview accordée par Emir Kir (PS) à l'un des plus grands quotidiens turcs ? Le journaliste Philippe Carlot enquête aujourd'hui sur les ondes de Vivacité-RTBF


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Le journaliste de Hürriyet Yusuf Cinal (ex-dirigeant de Belturk et actuel membre du Conseil d'administration du BADD) aurait admis à la RTBF qu'il n'a effectivement pas fait d'interview mais il a de toute bonne foi écrit un article sur base des informations parues dans la presse belge (alors qu'il ne maîtrise pas suffisamment le français pour le lire) mais que c'est "quelqu'un à la rédaction de Hürriyet" qui aurait transformé son article objectif en interview exclusif avec le Secrétaire d'Etat bruxellois.

Je me rappelle de ce problème déjà évoqué théoriquement pendant mon cours de logique et argumentation à l'ULB : Un menteur dit-il la vérité quand il accuse un autre menteur de mensonge ? Dès lors qu'il dit la vérité, peut-on encore le qualifier de menteur ?

Pour ma part, j'estime que ce n’est pas le rôle d’un journaliste quel qu’il soit, et certainement pas à moi, de décider de la pertinence de cette qualification et de désigner le ou les menteurs. Il s’agit d’une mission qui ne peut être assumée que par une juridiction internationale ou par une commission mixte de journalistes indépendants nommés par les parties en cause (Emir Kir, Yusuf Cinal et la rédaction de Hürriyet). Vous ne me ferez pas entrer dans ce débat qui vous obsède uniquement parce que je suis moi-même d'origine turque.

lundi, avril 02, 2007

Saint-Josse : La patte des Loups-gris dans l'incendie du centre kurde pro-PKK

Dans la nuit du samedi-dimanche (31-01/04/07), 4 jeunes d'origine turque ont jeté un projectile enflammé dans le local de la Fédération des associations kurdes de Belgique (en abrégé "Fek-Bel" pour Federasyona kurdi Belçika) situé à la rue de Liedekerke à Saint-Josse. Le numéro 13 de cette rue abrite non seulement la Fek-Bel, un centre regroupant essentiellement des sympathisants kurdes de différentes tendances politiques (dont le PKK et le DTP), mais également une famille kurde avec 2 enfants ainsi que 4 hommes d'origine polonaise. L'attentat criminel a complètement détruit le local des militants kurdes sans faire de blessés graves.

"Les faits se sont produits entre 23h30 et minuit car nous ne dormions pas encore", m'a expliqué une voisine d'origine marocaine. "J'ai vu 4 personnes lancer quelque chose contre la vitrine du local. Ensuite, nous avons entendu un grand boum et une bagarre a rapidement éclaté entre plusieurs kurdes et quelques turcs au niveau du rez-de-chaussée. Il y avait une grosse panique et beaucoup d'insultes."

Toute la journée du dimanche, des insultes ont été échangées entre les deux camps. "A la suite de la diffusion des informations provocatrices par les radios, télévisions et sites Internet au service du lobby turc, des centaines de militants d'extrême-droite turcs ont effectué une razzia dans le quartier en arborant le drapeau turc, scandant des slogans ultranationalistes et faisant le signe de Loup Gris", explique le Collectif 1971 (Association des Arméniens Démocrates de Belgique, Associations des Assyriens de Belgique, Institut Kurde de Bruxelles et Fondation Info-Turk) dans un communiqué de presse. Le Collectif fait en réalité référence au lobbying intensif du journaliste ultranationaliste et négationniste turc Yusuf Cinal (correspondant du quotidien Hürriyet, gestionnaire du site internet Yenihaber.be et animateur sur la radio bruxelloise Anatolia 87.6 FM), plus connu comme lobbyiste-menteur pendant les dernières élections belges.

Ce n'est pas la première fois que des sympathisants d'extrême droite turcs décident de perpétrer des actes criminels en Belgique contre des résidents kurdes (dont certains soutiennent effectivement l'organisation terroriste PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan). Des actes similaires (incendies criminels) ont déjà eu lieu en 1994, 1998 et 2005 contre différentes organisations kurdes.

Le "collectif des immigrés humiliés" publie le message d'un groupe nationaliste turc appelant à une agression le 02/12/06 en précisant qu'"une association du PKK-KADEK dans laquelle sont organisées des actions pour la Belgique s'est ouverte à Bruxelles (saint-josse-ten-noode) (...) juste à nos côtés, ils défient la Turquie. Mettons fin à cela !! Tous attachés à notre turcité, à notre drapeau et à notre mère patrie, réunissons-nous le 2/12/2006 pour leur rendre Bruxelles invivable. Déjà en 2000, nos grands frères, nos pères l'ont réussi. Ils nous ont confié le drapeau. C'est à nous de les arrêter!!!! Qu'ils comprennent qu'il n'y a plus de place pour eux à Bruxelles. Si nécessaire, œil pour oeil, dent pour dent!!!!!" Plus récemment, le 15/03/07, un communiqué de presse des Loups-gris appelant à "l'union turco-musulmane" placardé sur la vitrine d'un magasin de la Chaussée de Haecht annonçait déjà ces attentats "contre les sympathisants du PKK". Le communiqué contient un numéro de GSM renvoyant vers un répondeur (voice-mail) d'où on peut écouter la voix d'un homme qui déclare en turc : "Envoyez vos noms et numéros de téléphone par sms. Soyez prêts à tout moment!".

Ce lundi (02/04/07), une centaine de Kurdes ont à nouveau manifesté devant le siège de la Fek-Bel. "Depuis plusieurs mois, la jeunesse turque manipulée par des forces nationalistes cherche la provocation", m'a expliqué Hüseyin Ünal (51 ans, trésorier de la Fek-Bel, membre du parti pro-kurde DTP). "Ces jeunes sont manipulés. Nous n'avons rien contre la jeunesse turque et ils n'ont rien contre nous. Nous ne comprenons pas cette agression contre notre centre culturel qui n'est qu'un point de rencontre pour la communauté kurde en Belgique. Ce n'est pas un centre PKK même si des sympathisants du PKK fréquentent également le lieu. Notre centre accueille principalement les Kurdes de Belgique parmi lesquels figurent également des sympathisants du PKK. Ce sont aussi des Kurdes et nous ne pouvons contrôler l'opinion politique de tout le monde. Nous lançons un appel à la bonne conscience aux politiciens d'origine turque pour qu'ils mettent un terme au lobbying anti-arménien et anti-kurde dans ce pays. Nous sommes favorables au modèle fédéral belge, pas au modèle turc, il faudrait que les politiciens d'origine turque fassent clairement savoir qu'ils sont en politique en Belgique et pas en Turquie. Nous sommes ouverts au dialogue avec les représantants turcs et je compte d'ailleurs proposer une rencontre avec Emir Kir et d'autres personnalités turques pour qu'on puisse éviter ce type de bavure. Nous demandons aux autorités policières et judiciaires belges de trouver les coupables de ces actes criminels. Nous n'avons pas peur. " S'adressant à ses membres, Hüseyin Unal a rappelé qu'il ne fallait pas céder à la provocation car "frapper ou blesser des personnes ne nous mènera à rien de bon".

Plusieurs militants kurdes m'ont longuement exprimé leur désarroi par rapport aux manifestants turcs : "Ce sont les chiens du MHP qui ont mis le feu dans notre centre et puis ils viennent encore manifester pour nous narguer avec des slogans du genre 'Tu l'aimes ou tu la quitte'. Je me demande s'ils savent que nous ne vivons pas en Turquie mais en Belgique. Ils ne veulent pas que nous vivions en Turquie et maintenant ils viennent nous dire la même chose ici. Partir mais où ? Nous respectons tous les drapeaux. Personne ne manifeste contre les milliers de drapeaux turcs dans les cafés et les portraits d'Atatürk. Nous respectons le drapeau turc et nous n'avons rien contre la population turque. Nous ne comprenons pas pourquoi il nous serait interdit d'afficher le drapeau kurde. Même quand on n'est pas sympathisant du PKK, on est considéré comme des ennemis potentiels parce que kurdes. C'est vraiment parano... ils refusent notre existence et notre identité kurde." Une vingtaine de personnes ont ensuite crié des slogans contre la Turquie et les "fascistes du MHP".

Descendu sur les lieux, le bougmestre Jean Demannez (PS) a tenté d'apaiser la tension en expliquant aux responsables kurdes qu'il fallait à tout prix "éviter de donner des occasions d'affrontements. Des provocations sont possibles des deux côtés mais ce sera mauvais pour les deux communautés d'y répondre. Je vous propose d'entamer un dialogue, une fois le calme revenu, autour d'une table avec des représentants des deux communautés afin de réflechir ensemble sur le vivre ensemble."

A noter aussi que l'ambassade de Turquie regrette dans un communiqué "les événements qui se sont produits à Saint-Josse durant le week-end. Le comportement de sang-froid de nos citoyens, sans se laisser avoir par les provocations, contribuera au calme et à la sérénité. Nous prions instamment nos citoyens de collaborer avec les services d'ordre".

jeudi, décembre 21, 2006

Le double discours d'Emir Kir : épisode 4

Le quotidien turc Hürriyet a finalement publié le 9/12/2006 le droit de réponse (voir illustration) du Secrétaire d'Etat Emir Kir (PS) dans l'affaire de sa "fausse interview" inventée par le journaliste Yusuf Cinal. Le cabinet Kir confirme l'envoi de ce droit de réponse "uniquement en français car la version en langue turque n'existe pas".

Serait-il douteux de constater que le cabinet se contente d'envoyer un droit de réponse en français pour un article en turc paru dans un journal turc? On aurait en effet pu croire que ce droit de réponse n'était en réalité qu'un communiqué de presse déguisé à l'attention des médias belges. Pas du tout, puisque le quotidien turc l'a finalement publié... presque entièrement et presque correctement. Démonstration du dernier double discours ?

Dans son droit de réponse Emir Kir déclare en français :

"C'est avec stupéfaction que j'ai lu l'article paru le mardi 28 novembre 2006 en page 16 de « Hürriyet », intitulé « Veremeyeceğim hesabım yok » et signé par Yusuf Çınal. Je n'ai en effet jamais accordé d'interview à ce Monsieur sur le sujet qui l'occupe dans cet article. Je m'inscris donc en faux contre l'ensemble des déclarations qu'il ose mettre dans ma bouche. Et je m'insurge contre le procédé qui est le sien: inventer de toutes pièces des propos malvenus et choquants. Je me réserve d'ailleurs la possibilité d'introduire une action en justice. La seule et unique déclaration que j'ai faite sur le sujet date du lundi 27 novembre 2006. La voici, dans son intégralité."

Mais dans la version publiée par Hürriyet, Emir Kir déclare en turc :

"J'ai lu l'article me concernant paru le 28 septembre dans Hürriyet intitulé 'Il n'y a pas de compte que je ne puisse rendre'. J'aimerais démentir les déclarations qu'on m'accorde. La seule et unique déclaration que j'ai faite à ce sujet est ci-dessus."

J'entends déjà les cris de Jacques Simonet (MR) au Parlement bruxellois : "Alors de deux choses, de deux choses l'une..."

La situation d'Emir Kir devient complexe car après l'épisode du menteur, du menteur qui accuse l'autre menteur de mensonge, du menteur qui continue à mentir au Parlement, voici maintenant l'épisode du menteur qui ment à nouveau dans son propre droit de réponse. A moins que ce soit un nouveau coup de l'autre menteur. Mais il est toujours possible que deux menteurs mentent en même temps dans les deux langues.

MISE A JOUR : Comme prévus par Olivier Mouton dans Le Soir et Philippe Carlot sur Vivacité (RTBF) la motion de défiance du groupe MR contre Emir Kir (PS) évoquée ce matin au Parlement régional s'est plantée sur une question de procédure judirique. En effet, le règlement d'ordre intérieur du Parlement bruxellois prévoit qu'une motion de défiance n'est recevable que si elle est signée par la majorité des membres du groupe linguistique auquel appartient le membre du gouvernement concerné (lire l'article 111), une précision introuvable dans la loi spéciale du 12/01/1989 relative aux institutions bruxelloises (lire l'article 36). Le débat continuera en janvier annonce le chef de file de l'opposition libérale Jacques Simonet.



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jeudi, avril 26, 2007

Jean Demannez condamne l'immixtion de l'ambassadeur turc

Ce mercredi (25/04/07), l'opposition (MR et Ecolo) au Conseil communal de Saint-Josse a interpellé le Collège sur l'incendie criminel du 01/04/07 du local de la Fek-Bel (centre culturel pro-PKK) provocant d'importants troubles de l'ordre public dans la petite commune bruxelloise.

Tout en félicitant "la maîtrise de la police" dans ce dossier, Geoffroy Clerckx (MR) ne digère pas la minimisation des faits par le bougmestre Jean Demannez (PS) : "Même si les auteurs des faits sont des « kets », comme vous dites, et même s’ils n’ont probablement pas beaucoup réfléchi avant d’agir, oser affirmer que leur acte n’est pas politique comme la police et vous-même l’avez fait, c’est de la mauvaise foi crasse ou de la stupidité aveuglante! Je penche pour la première option dans votre cas… Car bien sûr, c’est par le plus pur des hasards que ces jeunes belges d’origine turque ont mis le feu à un centre culturel kurde et non pas russe ou arabe", souligne le conseiller libéral en demandant si les victimes (la famille kurde et l'association) ont bien été relogées ailleurs par la commune.

Dans la même foulée, Ahmed Mouhssin (Ecolo) insiste sur "le laxisme" du bourgmestre et son manque de "condamnation ferme de l'acte" car "les ingrédients de ce débordemment sont toujours bien présents pour que les faits se reproduisent. La preuve est que nous venons de recevoir un courrier d'une association au sujet d'une nouvelle agression entre Kurdes et Turcs. C'est un vrai problème politique qu'on devra résoudre. Si madame Mouzon en tant qu'antisioniste autoproclamée peut se rendre dans des conférences sionistes pour tenter de dialoguer, je pense que les Turcs peuvent également dialoguer avec les Kurdes de cette commune. Je pense monsieur le bourgmestre que vous minimisez ces faits graves essentiellement pour des raisons électoralistes. J'ai lu d'ailleurs que vous cherchiez un nouveau local sans logement à l'étage pour l'association kurde victime de l'incendie du 1e avril, ce qui laisse présager un nouvel incendie."

"J'ai ouvertement condamné ces faits graves et je les condamne à nouveau si c'est cela que vous voulez entendre", réplique Jean Demannez (PS) se félicitant au passage d'avoir "réussi à bloquer le débordements et les risques d'émeutes entre deux communautés". "Puis-je encore parler de kurde sans me faire insulter de tous les noms ? Parce que dans un journal turc [Hürriyet], l'ambassadeur turc me traite de tous les noms pour avoir utiliser ce terme, ce que je ne peux accepter. Suite à l'incendie, j'ai rencontré des gens, qui ne sont pas des représentants mais simplement des personnes qui pouvaient avoir une influence sur le milieu religieux, pour rappeler les obligations citoyennes de respect des lois du peuple belge. Je ne suis pas Kofi Annan ou Boutros Boutros Ghali et Saint-Josse n'est pas Waterloo. Nous faisons face à des problèmes qui viennent d'un pays étranger et ce n'est pas mon rôle de commencer à résoudre le fond de ce problème. J'ai rappelé aux deux délégations que des problèmes similaires existaient entre les Hutus et les Tutsis ou les Saharaouis et les Marocains mais ce n'est à nous de commencer à entrer dans ces problèmes. On était d'accord avec ces personnes qui ne sont donc pas des représentants que pour autant que le PKK reste d'un côté et que les loups gris de l'autre, tout ne se passe pas trop mal entre les deux communautés à Saint-Josse. Nous devons créer une situation de convivialité acceptable et exercer une pression sociale suffisante pour empêcher ce type de débordements des jeunes et des moins jeunes. Concernant la famille kurde, elle a été relogée et nous avons proposé un local culturel temporaire à l'association kurde."

Après le Conseil communal, j'ai demandé des précisions au bourgmestre suite à sa remarque à l'encontre l'ambassadeur turc en Belgique. Dans un langage grossier et peu diplomatique, l'ambassadeur Fuat Tanlay accuse le bourgmestre de Saint-Josse de séparatisme dans un entretien accordé à Yusuf Cinal et publié par le quotidien turc Hürriyet (21/04/07) : "Hé toi ! Qui es-tu ? Qui t'a donné cette mission ? Comment se fait-il que tu puisses qualifier mes compatriotes comme étant des Turcs, Kurdes, Arméniens, Assyriens ? Comment peux-tu inviter leurs représentants et te mettre avec eux autour d'une table de négociations ? Regarde un peu les personnes que tu as à ta table. La plupart sont des membres de l'organisation terroriste PKK... Mais qu'en est-il du séparatisme ethnique que tu pratiques ? Personne ne peut soumettre mes compatriotes à une telle division et certainement pas à une division sur base ethnique. Dire 'Je viens de parler aujourd'hui avec les Kurdes. Demain, je vais recevoir les Turcs et le lendemain les Arméniens et les Assyriens', cela est, à nos yeux, un séparatisme évident. Nous ne permettons jamais de diviser ainsi nos compatriotes!", précise Fuat Tanlay.

Des propos graves que Jean Demannez (PS) considère comme une ingérence : "Il n'appartient évidemment pas à un ambassadeur de porter des jugements sur les devoirs d'un bourgmestre. Je lui ai écrit une lettre pour marquer mon mécontentement et j'ai envoyé une copie de cette lettre au ministre de l'Intérieur, au ministre des Affaires étrangères et au gouverneur afin qu'il sache que je ne peux pas admettre de telles considérations de sa part. Je n'autorise pas que l'on s'immisce dans les responsabilités du maintien de l'ordre d'une commune. Certains l'ont appelé le gouverneur colonial et, sans vouloir entrer dans la vindicte, je trouve que l'ambassadeur turc sort très clairement de son rôle d'ambassadeur. Cela méritait de lui être rappelé. J'estime qu'il y a là une espèce d'immixtion d'un Etat étranger dans le nôtre puisque l'ambassadeur turc représente l'Etat turc."

jeudi, février 15, 2007

Belgique : Une conférence négationniste avec la participation des mandataires PS, CDH, MR et CD&V

La conférence intitulée "Regard sur le prétendu génocide arménien" de l'historien négationniste turc Yusuf Halaçoglu, subsidiée indirectement par les pouvoirs publics belges, a finalement eu lieu ce jeudi (15/02/07) sans incident dans les locaux de la Diyanet (Fédération religieuse islamique turque) au 67 Chaussée de Haecht à Saint-Josse.

L'exposé de l'historien turc aura finalement duré un peu plus de 3 heures pour "prouver sur base de l'analyse historique dans les archives qu'on ne peut pas parler de génocide à propos des événements arméniens". Pour commencer, Yusuf Halaçoglu estime que "ce n'est pas aux historiens de dire si oui ou non il y a bien eu génocide mais aux instances juridiques. Etant donné que je ne suis pas juriste, je ne peux donc que vous donner mon avis d'historien." Et son avis sera sans ambiguïté à l'image du titre de sa conférence : "Regard sur le prétendu génocide arménien".

Le corps de l'exposé du conférencier se base sur la technique de la boîte à outils du négationniste déjà évoquée au Sénat belge par l'historien français Yves Ternon. Par la confrontation des sources contradictoires pour contester leur validité, la minimisation des données chiffrées sur base du manque de consensus, la réfutation des preuves en se focalisant entièrement sur des détails à contresens et par l'évocation des théories de complot contre la nation, un négationniste tente de démontrer que des faits établis n'ont jamais existé.

Ainsi, Yusuf Halaçoglu évoque à Bruxelles, cartographie à l'appui, "le contexte belliqueux de l'époque faisant suite à la Première Guerre mondiale où le pouvoir central faisait face à 4 fronts", "l'analyse du budget national ottoman contrôlé par les pays occidentaux", "le rôle néfaste des missionnaires chrétiens et particulièrement celui du Robert College américain comme étant la première école des missionnaires", "la collaboration des comités arméniens", "le jeu des pouvoirs impérialistes", "le pouvoir cosmopolite du régime non nationaliste (sic) du parti Ittihat ve Terakki", les "Arméniens non décédés de Musa Dag d'après les archives françaises" et le fameux "faux télégramme attribué à Talat Pacha". Un télégramme qui serait faux "parce que le logo de Talat Pacha n'est pas correct, sa signature n'est pas complète, le terme 'suret' n'est pas adéquat et le gouverneur de Bitlis y est mentionné comme le gouverneur d'Alep".

"Oui, il y a bien eu des attaques de brigands kurdes, arabes, circassiens ou turcs contre les Arméniens durant la déportation", concède faussement Yusuf Halaçoglu mais "les 1673 inculpés de ces crimes ont été punis par les tribunaux ottomans. Le fait que des personnes soient condamnées après les événements suffit déjà pour n'importe quel juriste de droit international pour conclure qu'il n'y a pas eu de génocide. Car, si vous planifiez et organisez un génocide, vous n'allez pas ensuite condamner des personnes pour les crimes que le pouvoir aurait organisés." L'historien compare ensuite "le nombre de mort arménien" avec "le nombre de décès par grippe dans d'autres pays à la même époque", il disqualifie les "archives consulaires américaines et anglaises car elles se basent entièrement sur des sources de missionnaires chrétiens" et il attaque évidemment ses détracteurs habituels comme Taner Akçam ou Orhan Pamuk.

Yusuf Halaçoglu répètera aussi la thèse officielle défendue par l'Etat turc dans ce dossier : "nous voulons l'ouverture des archives afin d'examiner ce sujet au sein d'une commission mixte internationale" en expliquant que "les archives ottomanes sont les plus accessibles du monde. Je vous donne ma parole que n'importe qui désirant enquêter sur ces archives aura accès le même jour aux documents" alors que les archives fermées seraient ceux de "Jérusalem, Boston et Erevan". Il évoquera également l'instruction judiciaire à son égard entamée en Suisse : "J'ai donné la même conférence en Suisse et les autorités de ce pays ont entamé une procédure judiciaire à mon égard en prétextant que j'ai tenu un discours raciste ou haineux à l'égard des Arméniens. Avez-vous l'impression que je tiens un discours raciste ? Avez-vous l'impression que je nie quoi que ce soit ? Je précise à chaque fois que je parle des comités arméniens et non des Arméniens en général. En plus, la justice suisse ne m'attaque pas parce que je refuse de reconnaître le prétendu génocide arménien mais sur base d'un prétendu discours raciste. C'est vrai, je ne m'appelle pas Orhan Pamuk, c'est peut-être pour cela que je n'ai pas droit à la défense. On me traite ensuite de négationniste".

Le journaliste ultranationaliste Yusuf Cinal lancera fièrement : "Nous sommes tous des négationnistes, mon professeur". Du fond de la salle, Halis Kökten, conseiller communal (CDH), "remercie le professeur pour sa conférence à Bruxelles et des explications éclairantes qu'il a bien voulu fournir. Ce débat est depuis un certain temps dans l'actualité et je me demande si nous ne sommes pas en retard par rapport à notre travail. En Belgique, le Sénat a adopté en 1998 une résolution reconnaissant le génocide arménien probablement parce qu'il n'y avait aucun élu turc dans cette assemblée, puis la pénalisation de la négation a été heureusement bloquée l'année dernière. Dans la perspective des prochaines élections, je lance un appel aux dirigeants des associations pour leur demander ce qu'ils comptent faire à ce propos".

Mais le moment le plus délirant de la soirée viendra, à mon avis, suite à l'intervention de Mustafa Öztürk conseiller communal (MR) à Schaerbeek et auteur d'un ouvrage négationniste : "Je vous souhaite la bienvenue à Bruxelles Monsieur le professeur et j'espère que vous n'êtes pas trop fatigué. Je confirme ce que vous avez déclaré au sujet de l'accessibilité des archives ottomanes car je les ai moi-même consultées. J'ai également lu la définition du génocide et sur base du texte juridique, je pense effectivement qu'il est non seulement faux de parler d'un génocide à propos des Turcs mais qu'en plus, après l'étude des documents, on peut vraiment parler d'un génocide perpétré par les Arméniens sur les populations turques." La presque totalité de la salle applaudit. Un deuxième intervenant embraye sur la même idée de "génocide perpétré par les Arméniens sur les Turcs" et la moitié de la salle applaudit une nouvelle fois. Yusuf Halaçoglu intervient cependant pour les contredire : "le terme de génocide est créé en 1948 et il ne peut donc s'appliquer rétroactivement. Vous ne pouvez donc parler de génocide mais bien de massacres", ajoute le professeur en oubliant que le génocide juif a été perpétré par le régime national-socialiste allemand pendant la Seconde Guerre mondiale soit avant 1948.

Entre 120 et 150 personnes ont assisté à cette conférence sur la démonstration de la négation du génocide arménien. Malgré les interpellations critiques de la plupart des dirigeants politiques et associatifs, il convient de noter la présence remarquée des conseillers communaux schaerbeekois Halis Kökten (CDH), Mahinur Özdemir (CDH), Mustafa Öztürk (MR), des candidats Ferhat Sahin Calisan (PS - Molenbeek) et Cevdet Yildiz (CDH-Saint-Josse) ainsi que de l'échevine socialiste de Saint-Josse Hava Ardiçlik qui remplace à ce poste l'échevin empêché et secrétaire d'Etat régional Emir Kir (PS), un négationniste reconnu pourtant par une décision judiciaire bruxelloise.

Le présentateur et co-organisateur de l'événement Hüseyin Dönmez (CD&V, ex-Agalev, gestionnaire du site internet Gündem) a également pris la peine de présenter l'ex-candidate FDF Derya Bulduk en sa qualité de "victime en Belgique du prétendu génocide arménien". Derya Bulduk fera office durant la soirée d'interprète bénévole en langue française pour le Président de la Société turque d'Histoire Yusuf Halaçoglu. A noter également la présence de l'ambassadeur de Turquie Fuat Tanlay ainsi que des représentants des associations organisatrices : EYAD (Association d'entraide d'Emirdag), BTSF (Fédération belge du sport turc), MADD (Association de la Pensée d'Atatürk à Mons), Belturk (asbl Yeni Belturk), BTIDV (Fondation religieuse islamique turque de Belgique) et TTK (Société turque d'Histoire).

Malgré les risques évidents, j'ai préféré assister en tant que journaliste indépendant à cette conférence afin de pouvoir relater les faits à partir d'une source primaire. "Ils vont te casser la tête ! Ils vont te casser la tête !", m'a répété une personne n'appréciant visiblement pas mon traitement journalistique. Plusieurs dirigeants m'ont également "sérieusement" mis en garde contre "mes préjugés" et "mes provocations" en me qualifiant de "soysuz" (personne sans origine). Je prends bonne note de ces avertissements. Mais je trouve curieux le raisonnement : C'est eux qui organisent une conférence intitulée "Regard sur le prétendu génocide arménien" et c'est moi qu'on accuse de provocation. Ce sont ensuite les mêmes qui invoquent la liberté d'expression tout en voulant m'empêcher d'exprimer mes propres opinions sur le sujet. Peut-on également invoquer la même liberté d'expression en Turquie étant donné que la reconnaissance du même génocide est actuellement pénalement poursuivie ?

A titre personnel, je trouve inutile, contre-productive et provocante l'organisation de cette quatrième conférence négationniste en l'espace d'une année par l'Association de la Pensée d'Atatürk en Belgique (BADD). S'il existe un seul problème qui devrait mobiliser la totalité des énergies au sein de la communauté turque, c'est bien le problème de l'intégration linguistique... à commencer par le conseil d'administration du BADD qui compte trop de Belges ne sachant s'exprimer dans une des langues du pays.