samedi, octobre 13, 2007

Belhaloumi : "Je ne quitte pas le CDH même si l'accord sur l'immigration est mauvais"

"Suite à l'accord signé par l'Orange bleue sur l'immigration, s'est tenue une réunion entre certains élus, la population et des acteurs associatifs. Car tout le monde est mécontent et déçu du cdh. Ce dernier a pourtant offert un dîner à cette population, ce dimanche 7 octobre pour rompre le jeûne. La population étrangère qui a pu voter pour la 1ère fois aux communales, et qui a voté en masse pour le cdH en 2006, a exprimé sa déception lors d'une réunion. D'ailleurs, un conseiller communal indépendant aurait même décidé de quitter le groupe CDh à St Gilles, en guise de protestation. Son nom est Belhaloumi Abdelrhani", écrivent sous couvert d'anonymat un "Groupe de jeunes" sous couvert d'anonymat faisant courrir la rumeur d'une démission au Conseil communal de Saint-Gilles.

Contacté téléphoniquement, Abdelrhani Belhaloumi dément formellement l'information : "Je n'ai jamais dit que j'allais quitter le groupe CDH. J'ai effectivement participé au repas privé de rupture de jeûne à Molenbeek avec d'autres personnalités politiques où il a été question des problèmes que traverse actuellement l'Exécutif des musulmans et surtout de l'accord sur l'immigration obtenu par les négociateurs de l'Orange bleue. Un groupe de jeunes a lancé un appel aux élus du CDH pour les pousser à la démission mais je n'ai jamais dit que je quittais mon groupe. Je suis quelqu'un de gauche car j'étais pendant 11 ans chez Ecolo et maintenant je suis au CDH tout en restant à gauche politiquement. C'est surtout le volet du regroupement familial qui m'apparaît comme un volet mortel car objectivement je pense que l'accord obtenu par les négociateurs est un mauvais accord. Je m'attendais à une régularisation massive mais cet objectif était visiblement impossible à atteindre avec des partis comme CD&V-NV.A, MR et VLD. Il paraît que maintenant que le jeune qui voudrait amener son épouse du Maroc doit disposer au moins de 125% du minimex comme revenus. Une telle condition est évidemment contraire à la Charte européenne des droits de l'homme, aux droits de l'homme internationaux, etc. J'ai fait suivre les critiques de ces jeunes à un responsable, un ami, du CDH qui compte le transmettre à qui de droit", conclut le conseiller communal indépendant à Saint-Gilles.

mercredi, octobre 10, 2007

Sénat : les oranges-bleutistes accueillent un Président Orange-Bleue(rouge)

Non, il n'y a pas (encore) de proposition de loi visant à modifier les couleurs du drapeau national belge en fonction des couleurs de la prochaine coalition gouvernementale Orange-Bleue mais cette photo a bien été prise ce matin (10/10/07) au Sénat où plusieurs dirigeants orange-bleutistes ont accueilli brièvement le Président de la République d'Arménie, Robert Kocharian. Armand Dedecker (MR), Herman Van Rompuy (CD&V), Herman De Croo (OpenVLD) et Francis Delperée (CDH) se sont brièvement entretenus avec le personnage en visite pour la 4e fois dans les salons de la Haute Assemblée fédérale.

Après une signature traditionnelle dans le livre d'Or, j'ai brièvement pu entendre le Président du Sénat (Armand De Decker) complimenter la diaspora arménienne ainsi que l'ambassadeur de ce lointain pays à Bruxelles. Le reste ? Top secret étant donné que la presse a été évacuée, comme prévu, pour préserver la confidentialité du service protocolaire. Mais j'ai quand même pu dénicher quelques informations sur les thèmes abordés.

Il paraît que Herman Van Rompuy a "résumé la situation politique actuelle en Belgique en confirmant que le pays tranversait une longue crise mais que le record n'est toujours pas battu". Il y a donc toujours de l'espoir. Robert Kocharian a répété que les relations de son pays avec l'Azerbaycan et la Turquie restent d'actualité (ce qui ne veut pas dire grand chose mais c'est très diplomatique) tout en soulignant "l'importance de la diaspora arménienne à l'étranger qui rapporte beaucoup d'argent à l'Arménie". Le Président arménien a également fait un plaidoyer sur l'Iran en demandant plus de nuances dans l'appréciation de la situation iranienne où il ne faut pas analyser les acteurs en terme de bons contre mauvais. Armand De Decker a posé des questions sur les relations qu'entretient l'Arménie avec la Russie et les Etats-Unis. L'entretien n'aura finalement duré qu'une grosse demie heure étant donné le menu chargé de la commission des Affaires intérieures belges au sujet de la scission probable de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. A ce propos, je vous invite à lire l'opinion d'une BB ("Bekende Brusselaar") flamande Annemie Neyts qui explique dans l'hebdo flamand Knack que "la scission de BHV ne peut qu'être une victoire symbolique car, même sans contrepartie, la scission coûtera déjà 2 sièges flamands à Halle et Vilvoorde et 1 siège flamand à Bruxelles. Tout ça pour un symbole ?", s'interroge l'ex-secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.

L'hystérie des drapeaux belges en façade à Bruxelles et en périphérie continue d'alimenter les commentaires des observateurs anglophones sur ce bizarre divorce des Belges. L'objectif est peut-être de manifester "contre le séparatisme" et "pour la solidarité" mais la démarche est loin de convaincre les Belges du bout... de la frontière linguistique. Je trouve toujours risqué de jouer ce jeu du signe ostentatoire qui pourrait toujours cacher indirectement un recensement déguisé de la population. Heureusement qu'à Schaerbeek, certains ont encore tout compris en sortant les drapeaux turcs, ce qui permettra a posteriori de brouiller toutes les cartes à propos de l'arrondissement BHV.

mardi, octobre 09, 2007

La Belgique régularise mais faut pas le dire

Ce mardi (09/10/2007), j'ai été suivre la conférence de presse de Joëlle Milquet (CDH) sur le premier accord du gouvernement Orange-Bleue en formation d'Yves Leterme (CD&V) relatif à l'immigration. Le regard fixé au plafond et un jeu de mains qui rappelle celui d'un chef d'orchestre, la présidente du parti centriste essayait de se souvenir des détails de l'accord qu'elle avait conclu au bout de la nuit. Ecoutez la satisfaction de Joëlle Milquet...








Le point principal concerne la régularisation économique des sans-papiers. Contrairement à la régularisation "one-shot" de 2000, le futur gouvernement préfère une régularisation "économique" sur base d'une insertion socio-économique obligatoire du candidat demandeur de papier. Allergiques au terme "régularisation", les libéraux flamands ont consenti à parler d'une "immigration économique" sous couvert de bonne gouvernance. En clair, le clandestin qui réside depuis plus de 18 mois en Belgique devra soit fournir la preuve d'une offre d'emploi sérieuse (contrat de travail), soit remettre le projet d'une "perspective sérieuse d'activité en tant que travailleur indépendant". La formule s'inspire directement des vagues de régularisations des gouvernements espagnol (Zapatero) et italien (Berlusconi). Cette première mesure concerne les "illegalen van de illegalen" (les clandestins des clandestins qui n'ont jamais introduit une demande de séjour ou une demande d'asile) dont le nombre exact n'est évidemment connu de personnes (bien que certains observateurs citent le chiffre de 100.000 personnes).

Pour les demandeurs d'asile de longue durée, les négociateurs ont prévu une autre possibilité sur base "d'attaches durables" dans le pays de résidence (scolarisation des enfants, emploi...). Joëlle Milquet cite le chiffre de 60 % des dossiers pendants au Conseil d'Etat dans les catégories "demandeurs d'asile" et "requêtes sur base de l'article 9" sans préciser de manière concrète le nombre de personnes concernées. Si je prends les chiffres d'avril 2007 concernant l'arriéré au Conseil d'Etat, je note 23.620 dossiers (demandeurs d'asile) et 20.700 dossiers (article 9), ce qui fait grosso modo 60% des 43.000 dossiers desquels il faut encore enlever les doublons car beaucoup d'avocats conseillent d'introduire un recours au Conseil d'Etat et une requête sur base de l'article 9 pour demander une régularisation pour "raisons humanitaires". Ici, à mon avis, le nombre de personnes "régularisables" devrait tourner autour des 20.000 sans papiers.

Attention, car il s'agit encore pour l'instant d'un effet d'annonce et le clandestin devra encore patienter la formation du nouveau gouvernement, la préparation d'un projet de loi, l'avis du Conseil d'Etat, le vote au Parlement et la publication au Moniteur pour que l'accord de cette nuit soit effectivement d'application. D'après les coulisses du pouvoir, l'objectif politique fixé par les partenaires de l'Orange-bleue est que la loi puisse être d'application en octobre 2008, ce qui laisse largement le temps aux clandestins de trouver un emploi déclaré pour préparer son dossier de régularisation. A défaut de quoi, les sans papiers devront espérer que la formation du nouveau gouvernement tarde encore un peu plus...

La loi sur la nationalité sera également revue et il semble que l'ensemble des partenaires soit rapidement tombé d'accord sur l'allongement de la durée de résidence (ininterrompue) obligatoire qui passera de 3 à 5 ans ainsi que la maîtrise de base d'une des trois langues nationales (français, néerlandais ou allemand) pour devenir citoyen belge. Des "organismes agréés pourraient contrôler la connaissance de base d'une des trois langues du pays", précise Joëlle Milquet en ajoutant que les projets seront détaillés plus tard, une fois le nouveau gouvernement en place pour... après les vacances (lesquelles ?).






lundi, octobre 08, 2007

Les syndicats dénoncent les pratiques de la "maffia" à Molenbeek

Quand on demande à Michèle Seutin, secrétaire permanente du syndicat socialiste (SETCa), ce qu'évoque pour elle la gestion de l'asbl LA CLES à Molenbeek, elle n'a qu'une réponse en tête : la maffia ! Preuve de l'ambiance explosive dans la commune, la syndicaliste vient d'envoyer une missive incendiaire co-signée par Fatima Daidou (son homologue du syndicat chrétien CNE) à l'attention notamment de Jamal Ikazban, l'échevin-président de LA CLES, où le constat est révoltant :

"Il règne dans votre association une gestion des ressources humaines désastreuse fondée sur l’arbitraire, le clientélisme, voire le népotisme et l’opportunisme politique et ceci en particulier en ce qui concerne la nomination des responsables", écrivent les secrétaires permanents à l'attention des dirigeants socialistes. "C'est la restructuration du service informatique sans consultation des travailleurs qui a fait débordé le vase mais l'association accumulait depuis longtemps les mauvaises gouttes", explique Michèle Seutin. Dans la lettre, le constat catastrophique est édifiant : "Ceci est un exemple de plus de l’arbitraire qui règne dans l’organisation des services et de la gestion des ressources humaines en général ; les promotions/engagements/déplacements qui semblent être opérés sans critères objectifs indépendamment des compétences", concluent les syndicalistes en colère en annonçant tout de même le dépôt d'une demande de conciliation auprès de la commission paritaire ad hoc.

Contacté téléphoniquement, Jamal Ikazban (PS) préfère "ne pas faire de déclarations dans l'état actuel des choses. J'attends qu'on me démontre précisément les faits dénoncés à l'aide de critères objectifs et je rappelle que nous sommes dans une procédure de concertation avec les syndicats donc ce type de démarche ne favorise pas le dialogue. Les déclarations des organisations syndicales n'engagent qu'elles-mêmes et je rappelle la responsabilité de chacune des parties! Je suis chargé de négocier un virage délicat et difficile découlant des incertitudes relative à la politique des grandes villes au niveau fédéral. Ce type de démarche médisante de la part des organisations syndicales n'est ni dans l'intérêt des travailleurs, ni dans celui de l'association que je préside et je me demande vraiment qui défend vraiment les travailleurs dans ce dossier. Mon objectif est de sauvegarder un maximum d'emplois car La CLES est un outil efficace et elle va continuer à l'être", conclut Jamal Ikazban.

LA CLES asbl est une association paracommunale qui occupe une centaine de personnes et bénéficie notamment des subsides du pouvoir communal, régional, communaitaire et fédéral. "La C.L.E.S. assure le suivi administratif de l’asbl «Lutte contre l’Exclusion Sociale à Molenbeek» (asbl L.E.S.) qui est chargée de mettre en œuvre les actions relevant de l’intégration et de la cohabitation des différentes communautés locales, d’actions relevant du volet socio-préventif du contract de sécurité ou de projets issus des Programmes des Villes".

Sans connaître le détail des doléances syndicales, il est facile de constater que l'outil sert essentiellement les intérêts privés des socialistes au pouvoir. Un exemple copinage politique à l'appui : l'engagement du coordinateur des animateurs sportifs Mohsin Mouedden, par ailleurs animateur radio sur la fréquence arabe (où apparaît régulièrement le chroniqueur sportif Jamal Ikazban). Mohsin Mouedden qui, sous une autre casquette, envoie des consignes de vote par sms pour le candidat socialiste... Jamal Ikazban. Rien d'illégal pour un coordinateur efficace qui n'a plus besoin de faire ses preuves, juste un exemple que le clientélisme socialiste sert souvent de tremplin pour accéder à un poste à responsabilité. C'est peut-être une manière particulière de lutter contre l'exclusion sociale... à condition qu'elle serve directement et indirectement les intérêts du PS.

vendredi, octobre 05, 2007

Livre : immigration, traite et crime organisé

Aujourd’hui (05/10/07), j’ai été suivre la conférence de presse du journaliste d’investigation Frédéric Loore et l’ex-inspecteur social Jean-Yves Tistaert à propos de leur livre « Belgique en sous-sol – immigration, traite et crime organisé ». Il s’agit d’une longue enquête prenant essentiellement comme sources des rapports officiels, des jugements, des avis de magistrats, des auditeurs du travail, des services de police et des spécialistes de la fraude organisée pour dresser un état des lieux assez alarmant de l’activité de ces réseaux (immigration illégale, traite et trafic d'êtres humains, fraude sociale et fiscale, esclavagisme, prostitution, financement du terrorisme,...) présents sur le territoire belge.

Etant donné que l’ouvrage évoque plus la traite et le crime organisé que la problématique de l’immigration, j'ai demandé aux auteurs s'ils ne craignaient pas de stigmatiser les étrangers en général : « Non car les étrangers sont justement les premières victimes de ces filières en plus de l’Etat et des citoyens. Il faut en finir avec le syndrôme de l’autruche ou du politiquement correct car ne pas voir cette réalité sous-terraine, c’est justement encourager les trafiquants et la fraude sociale. Il est difficile de décrire des faits sans analyser les milieux, sans nommer les réalités. Il est par exemple clair que les principales victimes des réseaux turcs sont des Turcs, de même que les principales victimes des réseaux indo-pakistanais sont des personnes d’origine indo-pakistanaise », m'a précisé Frédéric Loore. "Tout cela engendre un coût social faramineux", surenchérit le co-auteur Jean-Yves Tistaert qui estime que l'absence de responsabilité publique engendre "une pression sur les bas revenus, encourage le dumping social, alimente la criminalité connexe, menace l'équilibre de la société et le tout alimente en aval les sentiments xénophobes et le racisme latent dans la société belge".

Le livre est franchement bien foutu avec des exemples concrets et une liste de carences à combler d'urgence par les décideurs politico-judiciaires du pays. Quelques exemples rapidement notés au vol : l'absence de législation permettant de poursuivre solidairement l'exploiteur et le donneur d'ordre dans le cadre de la sous-traitance en cascade (voir l'important travail législatif du député socialiste Thierry Giet en la matière) ; l'abscence de coordination interrégionale en matière de délivrance d'un permis de travail ; la pénurie des magistrats rendant de facto caduque les tribunaux à 3 juges ; l'absence de suivi en matière de récupérations des amendes pénales.

A propos de l'immigration, les auteurs rappellent que de nombreux secteurs (construction, textile,...) manquent cruellement de main d'oeuvre. Un représentant de la fédération du textile a même approuvé ce fait en précisant que, compte tenu de la concurrence, les sociétés faisaient finalement face à un dilemme : délocaliser ou recruter la main d'oeuvre sur le marché parallèle ? Du coup, je me suis demandé si, contrairement à l'idée reçue qui accuse de complaisance les partis de gauche envers l'immigration illégale et d'alimenter ainsi les réseaux maffieux, le problème migratoire ne serait pas finalement un grand complot de droite avec une tactique simple : dénoncer l'immigration politiquement pour l'encourager et l'exploiter économiquement en sous-finançant les organes de contrôle et justice. De plus, le renforcement de la politique migratoire européenne permet certes de limiter l'accès officiel au territoire mais cela pousse également les candidats migrants dans les bras des trafiquants alimentant indirectement l'économie parallèle au profit de certains patrons d'entreprise. A méditer en parcourant la Belgique de la cave au grenier...

mercredi, octobre 03, 2007

Molenbeek et sa mosquée bleue pakistanaise

Aujourd'hui (02/10/07), j'ai été prier au Centre islamisque pakistanais (CIPA) à Molenbeek, un lieu de culte dirigé par le puissant homme d'affaires ixellois d'origine pakistanaise Wassim Akhtar. L'intéressé a batti sa fortune avec la société Eastway (grossiste en alimentation) le long du canal ainsi que des investissements immobiliers gérés par son épouse. Bien que politiquement Wassim soit le représentant belge du Pakistan People's Parti (PPP, parti membre de l'Internationale socialiste et dirigé par Benazir Bhutto), il roule en Belgique pour le parti libéral (MR) vu son statut d'indépendant ou de businessman. Ainsi, à 3 semaines des dernières élections communales (2006), un repas a été offert par un candidat libéral à 60 fidèles de la mosquée pour "expliquer" le vote et "informer" les électeurs d'origine pakistanaise sur le système électoral belge.

Précision importante, valable aussi pour les autres lieux de culte visités, les fidèles d'une mosquée ne partagent pas nécessairement les préférences électorales de chaque dirigeant administratif. Le Centre islamique pakistanais se trouve au numéro 22 de la rue des Ateliers à Molenbeek, en bordure du canal et à deux pas des bâtiments de la Communauté française.

Dès l'entrée, on se trouve dans une belle salle aux ablutions avec une série de sièges en bois fixés sur le carrelage blanc. Le lieu est propre et bien entretenu contrairement aux toilettes qui se trouvent à la droite de cette salle. Il faut immédiatement se déchausser et ranger ses chaussures dans les belles étagères à droite, puis prendre ses ablutions à l'aide des savons multicolores et se diriger vers la porte en face donnant sur les salles à prières. Avant d'ouvrir la porte, vous avez encore le temps de passer un dernier coup de fil ou de consulter les panneaux pour effectuer un don au profit d'une organisation caritative islamique, on ne sait jamais ce qui pourrait vous arriver...

Dès l'entrée dans la salle des prières, il est d'usage ici de se couvrir la tête en mettant un petit chapeau (qui ressemble à une kipa) disponible sur votre droite, de saluer timidement l'assemblée et prendre votre place en vous alignant selon les motifs du tapis bleu. Je n'ose plus faire de rapprochement entre la couleur du tapis et les préférences politiques des administrateurs. Un effort a visiblement été fait en matière de décoration, on retrouve même sur la gauche une grande indication numérique de l'heure en plus de la classique horloge de marque "Champion" indiquant le temps dans la plupart des lieux saints.

Contrairement aux autres mosquées arabophones ou turcophones, il n'y a pas eu de discours vers 21h00 car les fidèles révisent silencieusement dans leur coin pour débarquer aux environs de 22h00 à l'heure de la prière collective. Une deuxième salle se trouve à l'étage et une cuisine commune au grenier pour les fidèles qui rompent le jeûne sur place. Avec l'aimable invitation de quelques Pachtounes, j'ai pu prendre le thé en écoutant quelques envolées lyriques dans leur langue locale qui diffère apparemment des langues officielles du pays (urdu et anglais). Ainsi tous les Pakistanais ne parlent pas nécessairement la même langue et la langue véhiculaire est soit l'urdu, soit l'anglais. Puis, chacun m'a parlé un peu de sa propre région et, si j'ai bien compris, le Pakistan est divisé en 4 provinces (Penjab, Sind, Baloutchistan, et Serhad) ainsi qu'une entité dénommée "Azad Cachemire" qui est au Pakistan ce que la République turque de Chypre Nord est à la Turquie : une fiction méga-militarisée. Mais bon, mieux vaut ne pas faire ce genre de commentaire. Politiquement, vous ne risquez pas grand chose si vous émettez autour d'un thé des opinions hostiles au général Pervez Musharraf au pouvoir actuellement au Pakistan suite à un coup d'Etat militaire mais évitez d'entrer plus dans le détail du monde politique pakistanais.

Le jeune imam "Adnan" (la trentaine) d'origine pakistanaise parle couramment le français et l'arabe. Il a même, semble-t-il, un grade particulier pour ses connaissances théologiques mais je n'ai pas bien capté la dénomination exacte de son titre (hafiz?). La prière se lit, comme ailleurs, en arabe classique mais il arrive parfois que l'imam fournisse un petit résumé en urdu. Attention, l'accompagnement de l'imam par des reprises d'"ammiiiinnn" est beaucoup plus silencieux dans cette mosquée. Alors qu'ailleurs, tout le monde reprend avec force le refrain 'ammiiinn' après l'évocation du "darling", ici les fidèles se contentent de mini-"amin" afin de ne pas trop brusquer le rythme de la prière. Mini-amin pour maxi-prière car ces cycles m'ont paru curieusement plus longs qu'ailleurs, à moins que ce soit l'effet de la fatigue...

dimanche, septembre 30, 2007

Saint-Gilles et la mosquée des donateurs

Actualité oblige, j'ai été cette fois suivre la prière au "Centre islamique, culturel, pédagogique et social", plus connu comme étant la mosquée El Mouhssinine de Saint-Gilles située sur la rue de Suède. Un lieu de culte anciennement présidé par le franco-marocain Kissi Benjelloul, vice-président de l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), aujourd'hui incarcéré suite à des soupçons de faux, usage de faux et abus de confiance qu'il aurait commis dans le cadre de ses fonctions. Aujourd'hui, l'ex-président de la mosquée El Mouhssinine est non seulement poursuivi par le parquet bruxellois pour de fausses factures à l'EMB mais également par ses ex-fidèles qui l'accusent de détournements de fonds dans le cadre d'une collecte au profit de la Palestine. Autant dire que l'ambiance n'est pas très positive en ce moment dans la rue de Suède.

Impossible de rater la mosquée à l'heure de pointe des prières puisque l'endroit accueille quelque 1.000 à 2.000 personnes. L'entrée principale est une immense porte de garage immobile, les hommes empruntent la porte de droite tandis que les femmes montent à l'étage en ouvrant la porte de gauche. Dès l'entrée, on passe devant un "bureau de réception" où les dirigeants "screenent" la clientèle tout en discutant de l'actualité. Une série d'étagères meuble le côté gauche pour réceptionner les chaussures mais évitez de marcher sur les tapis pour y arriver car des fidèles prieront plus tard sur le moindre bout de tapis disponible. Un escalier sur la droite donne accès à la salle des ablutions dans le sous-sol. En descendant, vous pourrez lire plusieurs fois en français et en arabe des mosaïques poétiques indiquant "Toilettes". Une fois en bas, l'hygiène laisse franchement à désirer : des sacs de poubelles et des puanteurs accompagneront votre séance de purification corporelle. Mais dans cette grande salle aux toilettes et robinets à eau tiède, on peut déjà partager une première prière : "Prière de ne pas utiliser beaucoup d'eau", aaammmiiiinnn!

Meublée par six petites bibliothèques à Coran, la grande salle des prières est divisée en deux parties équipées d'un système d'air conditionné et de trois lustres. Dieu est lumière... surtout pour la partie proche de l'imam-en-chef Zin Abidin, un chef spirituel barbu assez charismatique d'origine egyptienne qui ne s'exprime qu'en arabe classique. Sa tenue et son style rappellent les talks-shows de la chaîne qatariote Al Jazeera. Il répète plusieurs fois les mêmes refrains avec une énergie et une passion transpirante.

"El Mouhssinine" veut dire "les bienfaiteurs" ou "les donateurs" et justement durant cette séance, 9 serveurs déambulent à travers la masse des fidèles pour récolter vos dons dans un sac en plastique. Pas de contrainte en religion, personne ne vous oblige à jouer le jeu même s'il vaut toujours mieux laisser quelques pièces. Ceux qui sortent un billet ont droit à une mention spéciale dans le discours de l'imam-en-chef. Ce soir, par exemple, Zin Abidin appellera les fidèles à prier pour un malade souffrant à l'hôpital d'Erasme, un autre homme décédé avant la dernière prière ainsi qu'une femme ayant des problèmes familiaux mais pas de prière spéciale pour un quelconque inculpé à la prison de Forest.

La mosquée est presqu'exclusivement fréquentée par des musulmans d'origine marocaine. Après les émeutes de 1992 au Parvis St Antoine puis à la place Bethléem, le lieu de culte a connu a large développement en ajoutant des activités "culturelles, pédagogiques et sociales" dans sa gamme de services dans le but de répondre (d'après les dirigeants communaux) aux besoins des jeunes maghrébins en révolte.

Aujourd'hui, la foule s'empacte difficilement pour suivre la prière musicalement récitée par un second dirigeant. Comme au foot, épaule contre épaule, il n'y a pas faute mais il faut savoir s'imposer un minimum dans ce duel très spirituel. Salle comble, il convient donc de suivre scrupuleusement le rythme de la prière au risque de cogner, comme moi, votre voisin.

Dirigé un moment par Kissi Benjelloul, qui cumulait cette fonction avec la présidence de l'Union des Mosquées de Bruxelles et Brabant, la mosquée El Mouhssinine a longtemps été la chasse gardée du PS saint-gillois. Pendant les élections communales de 2000, les autorités ont même installé un ordinateur pour "expliquer" le vote aux musulmans de la mosquée. Proche du pouvoir marocain, d'Abbès Guenned (ex-monsieur Onkelinx), de Charles Picqué et de Laurette Onkelinx, Kissi Benjelloul avait rapidement réussi à prendre le contrôle total de l'EMB (malgré son échec électoral) en provoquant des élections anticipées supervisées par une commission "indépendate" composée du chercheur Hassan Bousetta (qui rejoindra le PS ultérieurement), d'Ayse Öz, de deux magistrats et d'un expert du ministère de l'Intérieur. Poursuivi aujourd'hui par plusieurs fidèles dont Mimoun Ayada, l'ex-président de la mosquée El Mouhssinine, ainsi que pour des fausses factures adressées à l'EMB, l'actuel vice-président de l'organe chef de culte (suspendu de ses fonctions à l'unanimité) passe des moments difficiles privées de sa liberté en plein mois sacré du Ramadan.

Pas de commentaire sur ces sujets polémiques et trop politiques à la mosquée El Mohssinine, les fidèles préfèrent se concentrer pour la récitation des textes sacrés en implorant la bénédiction et le pardon d'Allah.

vendredi, septembre 28, 2007

Génocide arménien : nié au Parlement, reconnu à Saint-Josse

Un secrétaire d'Etat bruxellois (PS) signe la pétition suivante :
"Nous rejetons l'allégation injuste et irréaliste de génocide arménien. Nous nous adressons aux communes de Bruxelles et d'Ixelles : nous demandons la suppression immédiate de l'indication sur le monument au prétendu génocide arménien qui offense l'honneur du peuple turc et des Turcs vivant en Belgique". (cf. page 56 du rapport d'activités 2003-2004 publié par l'Association de la Pensée d'Atatürk en Belgique - BADD)

La pétition évoque la négation d'un génocide et concerne un monument ixellois. Le signataire est l'actuel secrétaire d'Etat (adjoint de Charles Picqué) aux Monuments et Sites de la région bruxelloise. Pensez-vous qu'on puisse oser interpeller ce mandataire public au Parlement bruxellois ? Aucun élu Ecolo ou CDH n'a pris le risque d'interpeller le responsable politique au niveau de l'assemblée régionale. Trop risqué de mettre sa "grande coalition" en difficulté pour une vulgaire question de négationnisme. Par contre au PS, le ministre-président Charles Picqué (PS), a eu le courage de poser une question directe... sur RTL-TVi : oui ou non a-t-il signé ce document où figurent pourtant sa signature, son nom ainsi que son adresse ? L'intéressé s'est contenté de... nier (encore) au Parlement en évoquant un trou de mémoire et en tentant maladroitement de minimiser les faits (la signature) devant les interpellations du groupe MR.

"Alors que la date fatidique de l'audience en appel se rapprochait, et que de nouveaux éléments matériels avaient été mis à jour postérieurement au premier jugement en première instance, notamment une pétition prônant le démantèlement du monument à la mémoire du génocide arménien, il a décidé d’abandonner la voie judiciaire. Suite à l’arrêt de la procédure, fait incontestablement nouveau, Viviane Teitelbaum a déposé une nouvelle demande de question orale pour la rentrée parlementaire. Hier [26/09/07], le bureau élargi a décidé de ne pas prendre en considération la question de Madame Teitelbaum en arguant une nouvelle fois qu’aucun fait nouveau n’était intervenu et qu’il n’y avait pas de lien entre le retrait de la plainte et la pétition, et ce malgré les insistances des représentants MR au bureau", annonce un communiqué du parti libéral dans l'opposition.

Nié au Parlement bruxellois, le génocide arménien reste reconnu et à l'affiche jusqu'au 27 octobre au Théâtre Le Public à Saint-Josse où... Emir Kir (PS) siège comme conseiller communal car échevin empêché ! L'excellente pièce de Caroline Safarian, "Papiers d'Arménie", raconte l'histoire de deux jeunes (Azad et Levent), conditionnés par leur mémoire personnelle et l’amnésie collective, qui refont le temps d’un trajet en train vers Liège le chemin de l’immigration et de l’identité diasporique. L’un souffre d’un silence démentiel, l’autre revendique l’amnésie volontaire. Un jeu théâtral autrement plus élevé et nettement plus subtil que le triste spectacle joué en ce moment par l'hémicycle parlementaire.

jeudi, septembre 27, 2007

EMB : le boucher de Laurette en détention préventive

"Benjelloul Kissi, vice-président francophone de l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) est actuellement en prison", annoncent Marc Eekhout et Vincent Douchy dans le quotidien De Standaard. Frédérique Delepière en parle de manière bien détaillée dans Le Soir d'aujourd'hui (27/09/07).

Kissi Benjelloul a été inculpé hier (26/09/07) par le juge d'instruction bruxellois Michel Claise pour faux, usage de faux et abus de confiance. La justice soupçonne l'ex-boucher saint-gillois (proche du PS et de l'actuel ministre des Cultes Laurette Onkelinx) d'avoir utilisé l'argent de l'Exécutif à des fins personnelles. Ainsi, l'EMB aurait accepté des fausses facturations concernant des réceptions et des repas au restaurant "Le Caire" pour un montant de 15.150 euros, des frais qui auraient été gonflés par Kissi sans que l'intéressé ne puisse vraiment les justifier.

Vous pouvez constater le faux et usage de faux en comparant ces deux documents que j'ai pu retrouver. La fausse facture est celle établie au nom du restaurant "Le Caire" pour un montant total de 15.105 euros.

Parallèment, une deuxième enquête judiciaire est à charge du vice-président de l'EMB : un certain nombre d'imams bruxellois ont porté plainte contre Kissi qu'ils accusent d'avoir détourné l'argent d'une collecte au sein sa mosquée El Mouhsinine (asbl Centre islamique, culturel, pédagogique et social à Saint-Gilles). La justice a également fait une perquisition à cet endroit pour saisir la comptabilité de l'association qui semble être aussi incomplète que celle de l'EMB.

Pour rappel, les autres membres de l'Exécutif avait décidé (05/09/07) de suspendre à l'unanimité Kissi Benjelloul de toutes ses fonctions, par communiqué de presse, en invoquant "certains pratiques apparentes" de l'individu. "Bien que ces pratiques ne font pas encore l'objet de poursuites, elles ne restent pas moins éthiquement blâmables et sanctionnables", m'avait déclaré l'actuel président Coskun Beyazgül. A noter que Kissi Benjelloul bénéficie toujours de la présomption d'innocence tant que la justice ne l'aura pas condamné pour les faits reprochés.

Caritas s'inquète du coût humain des migrations

Ce lundi (24/09/07), la section belge de Caritas international organisait une conférence sur "le coût humain des migrations" car "la chute des demandes d’asile dans les pays européens est le résultat d’une politique européenne de fermeture et de restrictions à l’accès au territoire. Elle ne décourage cependant pas les migrants de tenter leur chance, dans des conditions toujours plus dangereuses, et à un prix toujours plus lourd".

Après l'instauration d'un système ADN de "traçabilité" des migrants (après les vaches et les moutons!) en France ; l'aveu d'une politique migratoire "injuste et inhumaine" énoncé le 10/07/07 par le Premier ministre belge ou encore le rapprochement avec le dictateur libyen (pays non signataire la Convention de Genève sur les réfugiés) en vue de sous-traiter l'accès au territoire européen, la politique migratoire européenne ne satisfait vraiment personne (ni l'Europe, ni le reste du monde).

A ce propos, Claire Rodier (Migreurope) a présenté lors de la conférence organisée par Caritas une carte des camps pour étrangers qui permet de mieux visualiser la forteresse européenne. D'après cette juriste, "des pays comme le Maroc, la Tunisie, le Sénégal ont inventé un nouveau type de délit qui s'appelle le délit d'émigration illégale. Il devient donc illégal de sortir de son propre pays, une sorte d'assignation à résidence nationale totalement contraire aux principes internationaux, où les migrants refoulés sont condamnés par la justice une fois de retour au pays."

Ambroise Tine souligne les "violences physiques" subies par les migrants dans les zones de transit au Maroc ou en Algérie : dépouiellement par des bandes maffieuses, viols des femmes aux frontières en plus du contrôle social très pesant dans le pays d'origine.







Enfin, Ngô Dinh Lê Quyên (Caritas-Roma) m'a vraiment impressionné en expliquant comment le gouvernement italien coopère avec UNHCR et l'OIM pour contenir l'immigration illégale afro-maghrébine à Lampedusa ou albanophone dans la péninsule italienne. "Le coût actuel de la politique migratoire coûte 66 euros par jour et par réfugié sans compter les frais des services de police. Il est pourtant possible de mieux gérer afin de diminuer le coût de la migration pour le contribuable européen", a expliqué l'Italienne d'origine vietnamienne. Il a aussi été question de la "fuite des cerveaux" et de "l'immigration choisie" favorisées par certains pays occidentaux. Si j'ai bien compris, il est assez illusoire de prôner un tel système étant donné que choisir la crème de l'immigration ne pourra que provoquer l'apprauvrissement des pays du Sud, encourageant donc indirectement l'immigration illégale des éléments les moins qualifiés ainsi que la maffia du trafic des êtres humains. Assez logique comme raisonnement...